«J’appelle tous les soldats à ne pas verser le sang du peuple syrien»

Posted on mai 4, 2011

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Paru également sur Liberation.fr

Par MADJID ZERROUKY, ELODIE AUFFRAY

 

Comme en Tunisie et en Egypte, où l’armée a lâché le pouvoir pour soutenir plus ou moins la rue, la manifestants syriens aimeraient, après un mois et demi de lutte, acquérir les soldats à leur cause.

C’est peut-être dans l’espoir de faire des émules dans les rangs militaires qu’a été publiée cette interview d’un jeune homme, présenté comme un soldat déserteur, Walid al-Qashami. Peut-être aussi pour adresser un message à la communauté internationale, alors que le pays ressemble de plus en plus à un huis-clos, où les journalistes étrangers ne peuvent entrer: montrer que le régime se fissure, que la victoire est proche.

La vidéo a été postée le 30 avril, sur le compte Youtube d’un certain keroo890. Elle avait été vue, mardi après-midi, plus de 50.000 fois. L’interview est menée par, semble-t-il, deux hommes, qu’on ne voit à aucun moment, et qui ne se présentent pas.

Le jeune soldat raconte comment il a été envoyé à Harasta, une grosse localité proche de Damas, pour combattre «un groupe armé qui tuait des civils», leur a-t-il été dit. Arrivé sur place, surprise: «Il n y avait pas de groupe armé, seulement des manifestants qui demandaient un changement de régime». Alors que ses collègues ouvrent le feu «sans sommation» sur les manifestants, «des femmes, des enfants, des civils désarmés, des gens torse nu», Walid et cinq autres collègues rejettent les ordres et s’enfuient, pour rejoindre les rangs des manifestants. «J’appelle, en tant que membre de l’armée arabe syrienne, tous les soldats à ne pas verser le sang du peuple et des citoyens», conclut Walid al-Qashami.

Les frères de Walid en fuite

Cette vidéo est-elle une mise en scène? Le récit du jeune soldat est très détaillé et correspond aux faits: il y avait bien une manifestation à Harasta le 23 avril. Ceux qui ont tourné la vidéo prennent soin de produire des preuves: Walid montre d’abord sa carte d’identité militaire, puis sa plaque de métal gravée à son nom, celle qu’on ne donne «qu’en temps de guerre», dit-il. L’équipe du site Les Observateurs de France 24 cherche à authentifier le document, qui lui inspire quelques doutes: «La photo semble floutée» et «l’homme débite son histoire sans la moindre hésitation, comme s’il l’avait apprise par coeur», relèvent les journalistes.

Wissam Tarif, qui dirige une organisation de défense des droits de l’homme, l’Insan, rapporte qu’il a contacté la famille de Walid al-Qashami. Ils ont bien un fils actuellement en service militaire obligatoire. Lui et ses frères, de crainte de représailles, sont en fuite, selon des témoignages recueillis par l’Insan dans le village d’origine du jeune soldat.

La vidéo de ce soldat s’ajoute aux nombreuses rumeurs de défection au sein de l’armée syrienne. Celle qui circule le plus concerne la 5e division de l’armée, envoyée à Deraa, aux côtés des forces spéciales de la 4e division, dirigée par le frère de Bachar al-Assad, Maher. Des soldats et des officiers auraient refusé de tirer, voire leur auraient apporté leur aide aux manifestants. Par ailleurs, des militants affirment que des militaires se sont fait tirer dessus, ou ont même été exécutés, après avoir refusé de tirer sur la foule, sans qu’il soit possible de vérifier l’authenticité de ces propos.

-> Voir le reportage d’Al-Jezira et lire l’article du Christian Science Monitor.

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Posted in: Syrie