Bahreïn, ses Saoudiens… et ses mercenaires

Posted on mars 22, 2011

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Un «bon job», proclame l’annonce ; et des conditions de travail honnêtes : contrat de deux ans renouvelables, quarante jours de congés annuels et 525 dinars bahreïnis (1 000 euros) de salaire mensuel ; expérience requise : avoir servi comme major dans l’infanterie et être âgé de moins de 45 ans. Mais le manque de qualifications n’est pas rédhibitoire, même si les émoluments et les «avantages acquis» baissent selon le degré d’assiduité passé sur les bancs des académies militaires. Ainsi recherche-t-on des instructeurs en combat rapproché, des spécialistes antiémeute (ex-des régiments des Sindh Rangers ardemment souhaités), gardes de sécurité, policiers militaires, cuisiniers et même serveurs pour les mess des officiers… ne manquent plus que les joueurs de clairon et de tambourin.

Employeur : la Garde nationale de Bahrein ; recruteur : la pakistanaise Overseas Employment Services (OES), filiale de la Fauji Fundation, une organisation «non gouvernementale» créée en 1954 pour subvenir aux besoins des soldats partis à la retraite ; aujourd’hui un conglomérat qui pèse 2 milliards de dollars et 4 % de la capitalisation de la Bourse de Lahore. Spécialisée en «ressources humaines», l’OES est l’une des ramifications du complexe militaro-industriel d’Islamabad. Les encarts ont été publiés dans le Daily Jang, le premier quotidien du Pakistan, les 25 février et 1er mars, et répercutées sur le site de l’OES, qui ne s’est donc même pas donné la peine de la discrétion tant il fallait aller vite. Jusqu’à rentrer dans les détails : «Urgent : une délégation de la Garde nationale de Bahreïn effectuera une visite au Pakistan du 1er au 14 mars pour sélectionner les catégories ci-mentionnés de personnels à Lahore», apprend-on à la lecture du communiqué, daté du 1er.

Avant même de bénéficier du secours tant espéré, et fort intéressé, de l’Arabie Saoudite et de ses voisins émiratis sous le parapluie du Conseil de coopération du Golfe. Le régime bahreïni, confronté à une révolte sans précédent, s’activait donc sur un plan B plutôt insolite : le recrutement de mercenaires au Pakistan, pays avec lequel il entretient de très bonnes relations commerciales et militaires. Friande, à l’instar de ses voisins, des petits bras du sous-continent indien qui peuplent d’ordinaire ses chantiers du BTP, voilà que la monarchie leur fait appel pour assurer l’ordre public.

Avec un certain succès, si l’on en croit en Centre bahreïni pour les droits de l’homme, qui estime à près de 800 le nombre de Pakistanais déployés dans les rues. Soit près de 10% des effectifs théoriques des forces terrestres du micro-Etat. Une présence non sans conséquences pour la sécurité de leurs compatriotes établis dans le pays, Islamabad regrettait la semaine dernière par la voix du porte-parole de son ministère des Affaires étrangères, Tehmina Jenjua, «la mort de plusieurs de ses ressortissants à Bahreïn», sans plus de précisions. «En plus d’une invasion de Saoudiens au nom de la défense mutuelle, comme si la majorité des Bahreïnis était une force extérieure dans son propre pays, le roi recrute des bataillons de mercenaires et baltagyas chez les talibans», enrageait de son côté un sympathisant de l’opposition.

En visite au siège de la Garde nationale le 3 mars, Hamad ibn Issa Al-Khalifa motivait les troupes et les félicitait pour «leurs disponibilité permanente et leur souci constant d’assurer la sécurité nationale et de protéger les réalisations durement mises en oeuvre par le royaume pour le bien des citoyens». Elles ont eu fort à faire depuis. C’était avant l’arrivée des Pakistanais puis des troupes du CCG : plusieurs milliers de soldats saoudiens et 500 policiers émiratis. Gratuitement, ceux-là.

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