A Misrata, pas de trêve pour les bombardements

Posted on mars 20, 2011

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Par téléphone ou sur Internet, les habitants témoignent de l’offensive des troupes loyalistes en dépit de l’annonce d’un cessez-le-feu.

Raphaël DUIZEND et Madjid ZERROUKY

* Paru aussi dans Libération

Au lendemain du vote par le Conseil de sécurité des Nations unies d’une résolution autorisant le recours à la force contre la Libye pour protéger les populations civiles, les attaques des forces loyalistes contre des bastions de l’insurrection se sont poursuivies vendredi, alourdissant le bilan de la répression.

A Misrata, ville de 300 000 habitants à 200 kilomètres à l’est de Tripoli, assiégée par les forces loyalistes depuis mercredi, les bombardements ont repris quelques heures seulement après le vote de la résolution. Malgré l’annonce par Tripoli d’un cessez-le-feu, ils ont continué dans la journée, faisant 25 morts, selon la chaîne de télévision Al-Arabiya. «Nous sommes persuadés qu’ils veulent prendre la ville à tout prix avant la mise en application de la résolution de l’ONU, a expliqué un membre de la rébellion, qui décrit des attaques d’une grande violence. Ils bombardent tout, des maisons, des mosquées, même des ambulances.»

Un médecin vivant en Grande-Bretagne mais originaire de Misrata racontait vendredi le désarroi de collègues restés dans la ville occupée et qu’il a pu joindre par téléphone : «Il y a de gros bombardements là-bas et des explosions dans la ville. Ils ne peuvent pas utiliser les ambulances. Les tirs viennent de chars et de pièces d’artillerie, pas des airs. La situation est très préoccupante.»

Violence contre les civils. Même détresse dans un enregistrement sonore diffusé sur Internet vendredi par un témoin sur place, Marwan al-Masrahi : «On n’arrive pas à secourir les victimes et les blessés à cause de l’intensité des tirs et surtout à cause des snipers. On ne peut même pas accéder aux immeubles qui ont été touchés par les obus. On n’arrive pas à repérer les endroits où sont planqués leurs snipers. Ils font énormément de dégâts pour ceux qui essayent de traverser les rues à découvert.»

Dans l’ouest du pays, les bombardements se sont poursuivis contre les villes de Nalut et Zintan, encore partiellement aux mains de l’insurrection et visées par la contre-offensive de l’armée régulière.

Le site Libya Alyoum rapporte également des violences contre les civils dans la capitale, Tripoli. Dans la nuit de jeudi à vendredi, des manifestants seraient descendus dans la rue pour célébrer le vote de la résolution de l’ONU, dans les quartiers de Fachloum, Al-Dahra, Souk al-Joumoua, avant d’être dispersés par des tirs à balles réelles des forces de la sûreté générale.

Tirs sur les ambulances. La situation restait tout aussi préoccupante dans l’est du pays. Depuis mardi soir, la ville d’Ajdabiya, dernier verrou des rebelles, à 160 kilomètres au sud de leur fief de Benghazi, est la cible d’intenses bombardements. Le docteur Abdelkarim Mohammed rapportait mercredi des «combats terrifiants», et un chef rebelle dénonçait «la politique de la terre brûlée» pratiquée par les troupes loyalistes : «Les chars bombardent de manière intense et soutenue, et plus tôt il y a eu des raids aériens.»

Ces bombardements, qui ont fait plusieurs dizaines de morts, se sont poursuivis vendredi. «Il y a une centaine de soldats de Kadhafi qui se battent contre nous à Zuwaytinah [aux alentours d’Ajdabiya, ndlr]. Depuis hier [jeudi] et encore aujourd’hui [vendredi], ils bombardent la région par intermittence. Il y a eu beaucoup de blessés», a raconté à l’AFP un officier rebelle, tandis qu’un médecin libyen insistait sur les difficultés rencontrées par les secours : «Pour sortir les blessés, il faut slalomer de la route au désert, entre les positions. Ce n’est pas facile pour les ambulances, qui sont la cible des tirs de l’armée.»

En revanche, la situation semblait s’améliorer à Benghazi, capitale de l’insurrection, dans l’Est. La Croix-Rouge internationale a ainsi annoncé la réinstallation de son personnel dans la ville, deux jours seulement après l’avoir fait évacuer en raison de la percée des forces loyalistes et des menaces brandies par Kadhafi. «L’amélioration de la situation sécuritaire nous permet de revenir à Benghazi aujourd’hui [vendredi]», a déclaré Simon Brooks, chef de la mission du CICR en Libye.

Le sort des populations civiles a joué un rôle décisif dans le vote de la résolution de l’ONU et la mobilisation – tardive – de la communauté internationale. Quelques heures avant son adoption, jeudi, l’ambassadeur libyen adjoint à l’ONU, Ibrahim Dabbachi, qui a fait défection, avait mis en garde contre le risque d’«assister à un vrai génocide». La veille, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, avait averti que le meurtre des civils désarmés constituait un «crime contre l’humanité», dont les auteurs seraient «traduits en justice».

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Posted in: Libye