Tunis : Talkin’ Bout a Revolution (21/02-01/03)

Posted on mars 10, 2011

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Dans la flaque de sang, une main anonyme a laissé un journal, maculé. Celui que tenait le jeune homme avant de s‘effondrer, fauché par une balle reçue en pleine tête en face de la cathédrale, avenue Bourguiba à Tunis. Samedi 27 février, 5 personnes vont perdre la vie sur la grande artère de la capitale, qui renoue en un après-midi avec un passé qu’elle pensait pourtant derrière elle. Le paroxysme d’une semaine qui a vu le processus institutionnel mis en place au lendemain de la révolution dérailler lentement mais sûrement ; la Tunisie basculer de la transition à la rupture. Puis dans l’inconnue et l’espoir.

SAMEDI 21 : « ROCKIN’ IN A FREE WORLD »

« Tout le monde viendra me voir pendu, sauf Ben Ali, bien entendu ! » Les accords de Brassens font chavirer  El-Teatro, plein comme un oeuf.  Nichée à l’ombre de l’imposant hôtel Mechtel, près du Belvédère, la salle savoure sa victoire. Le plus ancien espace culturel indépendant de Tunisie attendait la fin des soirées d’insécurité et de couvre-feu pour enfin fêter « sa révolution » : un concert sans flics. « La dernière fois que je suis venu chanter, j’avais plein de moustachus en costume trois pièces au premier rang. Ils étaient plus sages que vous ! » rigole Baaziz. Guest-star de la soirée, le chanteur contestataire algérien tenait à ce premier set en « Tunisie libre ». Sa dernière scène dans le pays s’était terminée sur une notre très policière : expulsé manu militari du sol tunisien pour quelques traits d’humour trop subversifs aux yeux des cerbères de Ben Ali.
Suivent les francs-tireurs de la scène émergente locale. Dima Dima pour une reprise « bel aarbi » de l’Estaca, un chant catalan antifranquiste.  Et surtout Bendir Man. Qui enchaîne avec ses chroniques au vitriol du Bendirland, « un pays où ne sévissent que la corruption et le totalitarisme, le crime et les malheurs, la pauvreté et le manque; où vient de naître un héros d’un genre nouveau […] Ce Héros d’un genre nouveau n’est personne d’autre que BENDIRMAN. Muni du pouvoir de voler activé par la consommation d’une herbe magique dont seul lui connaît le nom (marijuana) ».
De Ammar 404, hymne pour cyberactivistes, à Hbiba Chao, pour les clandestins échouant à Lampedusa –  composées rageusement avant la chute du régime –  les  chroniques d’une tempête annoncée emportent la salle.  El-Teatro, ou la BO de la révolution.

DIMANCHE : « ROCK THE CASBAH »


« Vous croyez que vous allez acheter le sang de mon frère avec vos compensations financières ? Dégagez. Et tous ! » hurle une manifestante.
Devant le théâtre municipal, le bourdonnement entêté et énervant de l’hélicoptère couvre à peine les slogans. Elles sont de retour.
Elles ? Les caravanes des « villes martyres de Kasserine et de Talaa » :  les sans-culottes de la révolution tunisienne, venues se rappeler au bon souvenir de la capitale.
Dignité, justice et départ des « assassins » du RCD. Las d’attendre, les « galériens » de l’Ouest, qui avaient quitté Tunis fin janvier, viennent remettre le siège.
Et ils ne sont plus seuls. Car les rapports de force de la Tunisie post-14 janvier commencent à se dessiner : d’un côté, le gouvernement de transition, dirigé par Mohamed Gannouchi et soutenu par les milieux d’affaires, les anciens partis politiques « légaux » et l’ossature de l’ancien régime.  Horizon stratégique : une transition en douceur et le maintien d’un régime présidentiel fort ; bref, que rien ne bouge – ou si peu. En face, un front de la fronde qui, de l’extrême gauche aux islamistes en passant par l’Union générale du Travail et la société civile, entend bien faire rendre gorge au Premier ministre et engager le pays sur la voie d’un régime parlementaire. Avec la convocation d’une Assemblée constituante comme exigence non négociable.  Rendu inévitable par l’immobilisme de l’équipe Ghannouchi, le décor de l’affrontement est planté : la place de la Casbah.
En milieu d’après-midi, 5 à 7 000 personnes campent sous les fenêtres de la primature. Elles seront dix fois plus nombreuses dans quelques jours ; et ne repartiront que victorieuses.

LUNDI : LES « FRERES »

Ils ont élu domicile sur le terre-plein central de l’avenue Bourguiba. Tous les jours, un petit attroupement se forme à deux pas des barbelés et de  l’armée. Des fidèles ou des curieux venus écouter le sermon quotidien. Sujet du jour, le meurtre d’un jeune prêtre polonais retrouvé égorgé à la Mandouba. Un acte fissa attribué par le ministère de l’Intérieur à « des groupes terroristes ».
« Ce sont les laïques qui l’ont tué pour mettre cela sur le dos des musulmans »,
assène le « prédicateur », doigt pointé vers le ciel. Sous le regard dubitatif d’un groupe de lycéennes…

MARDI : IN MEMORIAM HABIB BOUABANA

Le 11 de la rue de Marseille est un QG de l’underground tunisois :  un lieu enfumé où résonnent les rires et éclats de voix d’une clientèle mixte, disparate et parfois interlope : piliers de comptoir, petit peuple de Tunis, intellectuels et artistes de passage. Jamais avares d’une tournée. A l’étage, l’inévitable cadre qui accueillait l’effigie de Ben Ali est toujours là, mais il a changé de locataire. Depuis le 14 janvier, c’est Che Guevara qui surveille la caisse. L’arrière-salle, la galerie Habib Bouâbana (mort pauvre et méprisé par l’establishment Rcdiste en 2002) est le royaume de Hachemi Ghachem : peintre, journaliste et écrivain. Dissident de toujours, il se retourne avec nostalgie, entre deux billets incendiaires rédigés pour le Temps, sur ses années de résistance. Les décennies de dictature qui ont livré la culture « aux vautours et aux ignares ».
Leur monde balayé, « vautours et ignares » se font aujourd’hui plus discrets. A Tunis, c’est peut-être l’heure où tout recommence.
« La révolution et  l’art, ce sont tout simplement deux thèmes qui expriment la même chose. Parce qu’assujettis à un seul acte : celui de créer. La révolution commence par détruire, c’est-à-dire par réduire à l’état de virginité le terrain sur lequel elle va s’accomplir et procréer. L’art commence toujours à partir du point d’anéantissement total ; c’est-à-dire celui de la mort de l’artiste. L’acte de créer permet à celui qui l’accomplit de ressusciter pour de nouveau mourir. C’est peut-être pour cela, que les génies échappent à la mort. »
Sur les murs, les toiles de Bouâbana le maudit.

MERCREDI : WORKING CLASS


La voix est posée, douce. Il s’excuse de ne pas bien connaître la ville, lui qui ne monte à la capitale que pour des « réunions », sautant de bus en louage (les taxis collectifs). Il a l’air presque étonné de se retrouver là, sous un soleil matinal et printanier à une terrasse tunisoise ;  sans les « anges gardiens » qui ne l’avaient plus lâché depuis des années.
Si la révolution est une armée en campagne, Massaoud Romdhani a une affection pour les premières lignes. Et quelques médailles à revendre. Ce prof d’anglais en collège, militant à l’Union générale tunisienne du travail et responsables de la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH) à Kairouan, était de ceux de « 2008 » : l’insurrection de Redeyef et Gafsa.
C’est pendant ses six mois de colère et de larmes que, pour la première fois, le mur de la peur est tombé en Tunisie. Entré en éruption, le bassin minier avait remis les sans-grade sur les devants de la scène et fait vaciller la dictature. Les oubliés de l’histoire, de la croissance et de la « Verte Tunisie » l’avaient payé cher : au moins 3 morts, des centaines de blessés et autant d’arrestations. Avec, pour certains, deux ans de bagne au bout du chemin. Responsable du comité de soutien syndical, Mssaoud Ramdani avait tout fait pour sortir le bassin minier de sa tragique solitude. « Malheureusement, on n’avait pas Facebook à l ‘époque… » Ce sera pour la fois d’après.
Car,  fin décembre, il est l’un des premiers à se rendre compte que le feu Bouazizi va tout emporter sur son passage. Et à activer les réseaux.  De meetings en manifs, les militants de l’UGTT vont s’efforcer d’accompagner le tsunami. Le 12 janvier, Sfax est paralysé par une grève générale. A l’appel du syndicat, plus de 50 000 personnes déferlent sur le centre-ville de l’atelier de la Tunisie. Un certain 14 janvier, l’UGTT appelle à manifester à Tunis….
« Jamais je n’aurai pensé voir la fin de la dictature. Mes enfants, oui. J’espérais qu’ils perpétuent et gagnent ce combat », avoue-t-il ému. Ils n’en auront pas besoin.
Qu’ils prennent bien soin du legs.

JEUDI : 9-AVRIL


« Bougez vous le cul, sortez de vos amphis. C‘est avec le peuple révolutionnaire qu‘on construit l‘avenir !» 11 heures, jeudi, le 9-avril bat le rappel des troupes. Les hasards de la géographie ont placé le campus le plus turbulent de Tunis à 1 km de la Casbah. A l’entrée , l’Union générale des étudiants de Tunisie a pris ses quartiers dans les locaux de la police universitaire, désertée par les képis qui jusque-là veillaient au respect des bonnes mœurs. Sur les murs, de grands dazibaos : « Qu’est-ce qu’une Assemblée constituante ? », « qu’est-ce qu’une république démocratique? »
Hoceim, 26 ans,  fait le tour du propriétaire en saluant les « camarades ». Car ici, on voit rouge : le 9-avril est une place forte des « Albanais » du Parti communiste des ouvriers de Tunisie (PCOT), comme les appellent avec perfidie les militants des chapelles concurrentes. Une référence au temps où leurs aînés adulaient le petit timonier de Tirana. Hypercatif, le parti d’extrême gauche de Hama Hammami souffle sur toutes les braises de la contestation depuis un mois : Front du 14 janvier , manifestations, activisme dans l’UGTT… Dans la cour centrale, levée des couleurs au son de l’hymne national, repris avec ferveur par les centaines d’étudiants rassemblés là. Comme partout dans le pays, le campus est saisi par la fièvre patriotique post-14 janvier. Tunisiens et fiers de l’être. Passée la minute de silence en mémoire des martyrs, l’AG débute. Avec un unique ordre du jour : « la chute du gouvernement RCD-bis ».

Place rouge

Montés sur une table, les orateurs se succèdent. La sueur au front et la voix cassée par une semaine d’AG, ils galvanisent l’assistance à coups de formules chocs et radicales. « Nos parents ont fermé leur gueule pendant cinquante. On a une occasion historique unique ; si on ne la saisit pas, on en reprend pour cinquante ans de dictature ! » tonne un délégué de l’Uget. « Gouvernement de traîtres, laquais de Paris », embraye un deuxième. Les garçons haranguent, les filles assurent l’ambiance : « Pain, travail, dignité nationale ! »
« Ici, c’est la place rouge », affirme avec fierté Amine, un cadre du syndicat étudiant, en surveillant du coin de l’œil un nassérien en train de déclamer le Grand Soir arabe. Et d’égrainer les soulèvements qui ont fait la légende du campus : « 1977, 1984, 1987, 2011. » « On a fait la révolution à moitié, il faut en finir. Pas question de se laisser voler notre victoire », insiste Hoceim.
A l’écart, Walid, en deuxième année de psycho, est plus circonspect : « ça va trop loin, le pays est paralysé, en plein bordel. On sort de vingt-trois années de dictature. On peut pas patienter six mois de plus ? » s’interroge-t-il, le regard inquiet.
« 1 dinar la chemise pour Kasserine ! » Sur les côtés, grande friperie pour les habitants de la ville. Et une initiative bienvenue tant l’allure générale des jeunes du 9-avril tranche avec celle de la jeunesse dorée qu’on peut croiser dans les lieux branchés de la capitale. On devine ici l’argent de poche qui se tarit, les fins de mois difficiles, la promiscuité en cité U – « à six dans des chambres de deux » – et l’angoisse d’un avenir de « pauvres diplômés ». Dans la cafet, où l’on se restaure chichement de fricassés, le beignet national au thon et à l’huile -, la baie vitrée est couverte d’affiches qui déclinent le programme de la semaine : « Freedom Concerts », vide-greniers, pièces de théâtre, ateliers… un décor de kermesse soixante-huitarde que vient tempérer un tract qui rappelle qu’ici aussi, la révolution n’est pas un diner de gala : les jours précédents, des chambres de militants ont été attaquées à coups d’engins incendiaires dans la résidence universitaire voisine.
En début d’après-midi, un concert de percussions et de slogans se mêle aux klaxons de sympathie ou d’automobilistes excédés: la 4 voies qui borde le campus est coupée. Drapeaux tunisiens claquant au vent, le 9-avril repart à l’assaut de la Casbah. Un jeune remonte la foule, un petit écriteau à la main : « Vendredi, jour de la colère ».

VENDREDI : CHAAB TOUNES

Et de peur en haut lieu, la faute à une simple page Facebook appelant à marcher sur Carthage. Armée, Brigades de l’ordre public, police montée, Garde nationale… Toutes les teintes d’uniforme du pays se sont donné rendez-vous au petit matin entre la route de la Maalga et la mer, ensserant 10 km2 autour du palais présidentiel d’un mur de herses et de blindés. « Les clients vont être rares aujourd’hui », anticipe mi-résigné mi-amusé un restaurateur de la banlieue chic de Tunis. Derrière de hauts murs blancs, Mohamed Gannouchi et une garde prétorienne regardent passer les cigognes pendant qu’à 15 km de là, une marée humaine s’apprête à déferler sur les hauteurs de la Médina.


Ils arrivent en cortège vers midi, en petits groupes, seuls ou en couple. La plupart enveloppés dans le drapeau national, contesté ici et là par les couleurs de la nouvelle Libye : islamistes, gauchistes, laïcs, militants ou curieux, chaab tounes (« le peuple de Tunisie ») se masse face à la Casbah. « RCD dégage », « Assemblée constituante », « Allah Akbar », « Liberté », « hymne national »… Il y en a pour tous les goûts, pourvu qu’ils ne soient pas gouvernementaux. Sur les marches de la mairie, de l’autre côté de l’immense esplanade du gouvernement, des dizaines d’étudiants improvisent olà et chorégraphies pendant qu’à l’écart, un groupe de salafistes joue les conspirateurs en discutant à voie basse… Combien sont-ils ? 100 000, estimera, à la louche, l’hélico qui tournoie dans le ciel.  Vu du sol, impossible de mesurer une foule dans leader ni organisation, qui va et vient, arrive et repart, sûre d’elle et heureuse. « Ghannouchi est mal barré », conclut sobrement un photographe qui shoote la place. Le front des opposants vient de réussir un pari inespéré, réunissant la plus grande manifestation depuis des décennies dans la capitale. L’impatience de nombreux jeunes et d‘une partie de la classe moyenne, palpable depuis des semaines, s’exprime au grand jour. Et derrière l’apparence bon enfant de la foule, le mélange explosif qui a emporté Ben Ali revient flotter sur Tunis. Sur la défensive, Mohamed Ghannouchi, annonce une échéance, concrète mais décalée et bien lointaine : des élections pour la mi-juillet. Sans entrer dans les détails.
En soirée, l’ambiance se tend brusquement avenue Bourguiba : grenades et tirs de sommation répondent aux pavés ;  le ministère de l’Intérieur est attaqué par des groupes de jeunes.  L’hélico rase désormais les toits des immeubles, prélude à une nuit et à des lendemains incertains.

SAMEDI : WAR IN THE STREETS


« Approchez sales bâtards !» Pierres, briques et barres de fer en main, des dizaines de jeunes invectivent un groupe de BOP. Cet après-midi, rue de Paris, la bataille dure depuis des heures sous un nuage de lacrymogènes qui enveloppe le quartier du Passage. L’écho des rafales d’armes automatiques se répercute de mur en mur. Depuis la mi-journée, Tunis est en guerre.  Le matin, quelque 200 personnes s’étaient rassemblées devant la Dakhiliya aux cris de « ministère de l’Intérieur, ministère terroriste» sous le regard inquiet de dizaines de badauds et inquisiteur d’autant de civils.  L’arrivée vers 11 heures des hommes en noir des BOP fait monter la tension avant que, soudainement, Bourguiba n’explose. Apparus soudainement, des petits groupes très organisés attaquent le carré sécuritaire autour du ministère. Ils seront rejoints au fur et à mesure par des dizaines d’autres jeunes. Plus loin, on commence à dépaver l’avenue ; structures d’abribus et stations de tramway, panneaux signalétiques et véhicules servent de barricades. Dans les rues environnantes, des casseurs terrorisent les passants et pillent les magasins, avant d’être pris en chasse par des groupes de jeunes armés de bâtons et de gourdins qui défendent leurs quartiers. Détonations et balles qui sifflent viennent ajouter leur lot de terreur à cette atmosphère crépusculaire. Le soir tombé, l’heure est aux bilans : 5 personnes ont trouvé la mort dans cet après-midi de fureur et sang. Et aux interrogations : d’où venaient les premiers émeutiers ? Pas de la Casbah, répondent, catégoriques, les militants de l’Uget et la bloggeuse Lina ben Mhenni, proche du comité de coordination de la place. Qui a très violement agressé la bloggeuse et cameraman Hana Trabelsi à Bab Bhar ? « Une bande à Ben Ali, la milice, les flics », répond-elle sans hésiter. D’où venaient ces « voitures ravitailleuses » qui apportaient des munitions aux jeunes que Lina et des gens réfugiés dans la médiathèque française Charles-de-Gaule ont repéré ? Au moins trois d’entre elles portaient les plaques bleues des voitures de location. La marque de l’ancienne police politique, comme un mauvais remake des jours de chaos qui ont suivi le 14 janvier.
« Ce sont des provocations montées par l’ancien régime. Le succès de la manifestation de vendredi ; l’inculpation par la justice tunisienne d’une centaine de membres des clans Ben Ali-Trabelsi… Des gens ont beaucoup à perdre aujourd’hui. Et intérêt à faire déraper la situation », assure Lina ben M’Henni.
L’ombre du RCD plane encore sur Tunis.

DIMANCHE : GAME OVER

Sous pression, le Premier ministre, Mohamed Ghannouchi, présente  finalement sa démission. « Je ne veux pas être l’homme de la répression. » Une décision qui va entraîner un sauve-qui-peut gouvernemental les jours suivants – les derniers ministres issus du RCD quittent le navire. Béji Caïd Essebi, un avocat de 84 ans, plusieurs fois ministre sous Bourguiba, prend la tête du gouvernement. « Notre mission s’arrêtera  le  26 juillet au plus tard. C’est-à-dire avec l’élection d’une Assemblée constituante.» La rue a gagné. Le mercredi 9 mars, le RCD est officiellement dissous par la justice tunisienne.

Loin de toute cette agitation, Sidi Bou Saïd sort doucement de sa torpeur. « Carte postale » du pays, le village cher au baron d’Erlanger a souffert des vingt-trois années de dictature. Villas mégalos et quelques verrues dédiées au tourisme : les Trabelsi ont ici aussi laissé des balafres sur leur passage . Mais les quais du port, encombrés l’été par des yachts  battant pavillon français ou italien, sont  en ce matin brumeux d’hiver redevenus un havre pour les pêcheurs locaux.  Ils sont une dizaine à s’affairer, démêlent leurs filets dans les vapeurs de moteurs de barques en commentant les prises du jour: c’est «Zaba Ben Ali », lance l’un d’eux hilare, en portant en trophée une murène d’un mètre qui, comme les « Trabelsi », finira dans l’eau stagnante.

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